FLUENCE

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Je savais pour le givre ou la glace. J’ai appris pour le verre. à une certaine viscosité dans l’écoulement du temps, l’eau se vitrifie. Léarch pense que le verre est l’étape ultime de cristallisation du temps, donc la mémoire. [...] Le verre n’est que du temps qui ne peut plus couler. Qui se met donc hors du temps. Un bloc d’instants séparé, coupé de tout avenir ou passé. Une stase. Le verre conserve mais il ne souvient pas. Seul ce qui peut fluer se souvient.

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Alain Damasio,
La horde du contrevent.

LE TEMPS DU VERRE
Le procédé Fluence permet de dessiner le mouvement d’écoulement dans la masse même du verre, dans sa profondeur. Ainsi, le verre garde en mémoire l’empreinte et la trajectoire de sa transformation à haute température. La pièce Fluence 2.4 est lauréate du concours régional d'ateliers d'art de France en septembre 2021.

LE PROCÉDÉ FLUENCE 
Fluence est constituée d’un empilement rectiligne de feuilles de verre épaisses, de dimensions identiques. Chacune des couches de verre est émaillée à la main par saupoudrage. J'ai nommé cet ensemble matrice.
Lors d’une cuisson à haute température (environ 950°C), l’ensemble fusionne et s’étale sur la sole lisse du four.  Il apparaît alors deux cas de figure : 
    - La matrice a des proportions stables, qui lui permettent de fusionner de façon homogène, en maintenant son axe vertical, j’appelle cela une fusion linéaire.
    - La matrice est instable, très haute avec une base fine : la masse de verre à moitié fusionnée va basculer sur un coté. Dans cette situation, les strates de verres se déploient, tel un livre ouvert. J’appelle cela une fusion oblique.

Après cuisson, grâce à l’émail, on discerne les couches de verre qui composaient la matrice. En effet, lors de la fusion, les couches de verre s’étirent,  se rapprochent, se condensent et se dispersent, emportant avec elles, la fine couche d’émail dont elles ont été saupoudrées. Cette strate de couleur suit les mouvements de son support, elle s’étend, s’affine et s’enroule sur les périmètres de chaque épaisseur de verre dans une sorte de congé naturel. En s’étalant, l’émail gagne en transparence sur la surface et s’accentue sur le périmètre pour dessiner le fluage qu’a vécu la matière. 

Fluence et Perturbations à conques, avec le collectif Dare d'art, juillet 2020.

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